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09.09.2026 12:47 AM
EUR/JPY : où se cache le « cygne noir » pour les vendeurs ?

La paire EUR/JPY chute activement pour la deuxième semaine consécutive. Si, la semaine dernière, les acheteurs ont inscrit un nouveau sommet local à 185,70, mardi les vendeurs ont fait reculer le prix jusqu’à 177,80, marquant un plus bas de 10 mois. En moins de deux semaines, la cross a perdu près de 800 pips dans le sillage de la tendance baissière. La dynamique des cours laisse penser non pas tant à une simple correction technique après une longue phase de hausse qu’à un vaste réajustement des anticipations monétaires en faveur de la devise japonaise.

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Le déclencheur de la baisse de l’EUR/JPY a été une forte hausse des anticipations agressives concernant de nouvelles actions de la Bank of Japan. Des commentaires inattendus et restrictifs de Takuji Aida, conseiller économique du Premier ministre, ont fortement soutenu le yen. Auparavant, Aida était considéré comme l’un des partisans les plus prudents des hausses de taux, mais il a avancé sa prévision pour la prochaine hausse de janvier 2027 à ce mois de septembre. De plus, il a évoqué la possibilité d’un nouveau tour de resserrement lors de l’une des trois réunions suivantes de la BOJ (probablement en décembre ou en janvier).

Il s’agit d’un signal important qui montre que, même au sein des cercles politiques traditionnellement accommodants, la prise de conscience de la nécessité de durcir la politique monétaire progresse, sur fond de pressions inflationnistes persistantes et de faiblesse du yen. La position d’Aida a d’autant plus de poids qu’il n’est pas seulement un expert, mais aussi conseiller économique du chef du gouvernement.

Des signaux restrictifs sont également venus du gouverneur de la BOJ, Kazuo Ueda, qui a clairement indiqué fin août que la banque centrale est prête à envisager une hausse de taux. Le vice-gouverneur Ryozo Himino a lui aussi mis en avant les risques inflationnistes, et le membre du conseil Hajime Takada a appelé à abandonner un calendrier de normalisation « trop mécanique » au profit d’un rythme « plus flexible », lié à la dynamique des prix (notons que Takada a été le seul membre du conseil à voter pour une hausse de 25 pb en juillet).

Cela s’est produit parallèlement à une accélération de l’inflation dans la capitale. L’indice des prix à la consommation core de Tokyo (hors produits frais) a augmenté de 1,8 % en glissement annuel en août (contre 1,7 % en juillet). L’IPC global de Tokyo a progressé à 1,9 % en août (après 1,8 % en juillet). L’IPC de Tokyo devance l’inflation nationale et sert d’indicateur avancé pour le Japon ; la poursuite de la hausse des prix dans la capitale laisse entrevoir une inflation se rapprochant de l’objectif de 2,0 % de la BOJ.

Le point culminant est venu des données sur les salaires. En juillet, les salaires ont augmenté de 2,4 % en glissement annuel, bien au-dessus des 1,8 % prévus — au plus haut depuis mai 2021. L’indicateur affiche une tendance haussière régulière depuis sept mois. Les revenus monétaires totaux ont progressé de 4,7 %, soit la plus forte hausse depuis janvier 1997, après une augmentation révisée de 4,0 % en juin. Les salaires de base ont également accéléré à 4,1 %. En résumé, un lien assez solide « salaires – consommation – inflation » est en train de se mettre en place — une dynamique que la BOJ suit de très près.

Ensemble, ces signaux ont sensiblement accru la probabilité que la BOJ ne se limite pas à une seule hausse en septembre. Le marché intègre activement dans les prix une normalisation plus poussée de la politique monétaire — possiblement dès la fin de cette année. C’est déterminant pour le yen, car une révision des anticipations de trajectoire des taux peut accélérer le débouclement des positions de carry trade et donc renforcer la demande pour la devise japonaise.

La Banque centrale européenne se prépare également à relever ses taux lors de sa réunion de septembre — qui aura lieu dans quelques jours. Le marché a pratiquement entièrement intégré cette décision, de sorte que la seule hausse de taux de la BCE ne suffira pas à faire monter l’EUR/JPY.

Un retournement pourrait se produire si la BCE laissait entendre qu’une nouvelle hausse après septembre est envisagée. Ce scénario paraît peu probable, et s’il se produisait, il déclencherait une forte volatilité en faveur de l’euro. Le récent rapport sur l’inflation en zone euro explique la faible probabilité de ce cas de figure : l’IPC global a accéléré à 3,3 % en glissement annuel sous l’effet de l’énergie, mais l’inflation sous-jacente a, elle, ralenti de façon inattendue à 2,4 %, ce qui indique l’absence de hausse durable des pressions inflationnistes de fond. Cela réduit la probabilité de nouvelles hausses à court terme.

Ainsi, le contexte fondamental actuel reste défavorable aux acheteurs d’EUR/JPY et milite pour de nouvelles baisses. La seule véritable bonne surprise pour les vendeurs sur la paire croisée serait un signal clair de la BCE indiquant sa volonté de relever encore ses taux dans les prochains mois. Dans les conditions actuelles, un tel scénario s’apparente à un « cygne noir » qui pourrait brusquement modifier le rapport de forces. On ne peut toutefois pas l’exclure totalement. Par conséquent, à l’approche de la réunion de la BCE, il est logique de prendre ses bénéfices sur les positions vendeuses et de rester temporairement en dehors du marché. Des résultats trop agressifs de la réunion de septembre pourraient profondément remodeler le tableau fondamental de l’EUR/JPY, modifiant l’équilibre actuel entre l’euro et le yen.

Irina Manzenko,
Analytical expert of InstaTrade
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